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 Infrastructure - La chronique de Christophe Bardy

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CPRM : Un joyeux exemple de l'enfer du DRM

Mon confrère et collègue Valéry Marchive pointe dans son blog les méfaits des DRM lorsqu'ils sont appliqués de façon masquée à des consommateurs lambda. A l'origine, Valéry a été contacté par un lecteur qui rencontrait des problèmes avec des DVD enregistrés sur un graveur de DVD de salon de marque Pioneer. Les DVD-Vidéo en question, créés avec le graveur en question, ne sont pas lisible sur son PC, qui lui affiche un obscur message lui expliquant que son lecteur n'est pas compatible CPRM. Ils sont également illisibles sous Linux et inaccessibles sous Mac OS X. La faute à l'inclusion par Pioneer de la technologie de protection CPRM...

CPRM (Content Protection for Recordable Media), pour ceux qui n'ont pas suivi l'histoire, est une technologie imaginée à la fin des années 1990 par quatre gentils géants de l'électroniques regroupés au sein du consortium 4C , Intel, IBM, Matsushita et Toshiba. Son objectif est de contrôler et de limiter la diffusion de contenus gravés sur des supports amovibles. Selon l'enquête menée par Valéry auprès de plusieurs fabricants (son blog comporte une série de papiers sur le sujet rédigés au fur et à mesurede ses investigations), l'utilisation de CPRM serait courante dans l'univers du graveur de DVD de salon, mais suffisamment aléatoire pour qu'il soit difficile pour l'utilisateur final de savoir si le graveur qu'il convoite est contaminé par la technologie en question.

Car dans le cas présent on peut vraiment parler de contamination. Ainsi tous les contenus gravés par le graveur de salon dont il est question sont tagués CPRM, y compris les contenus créés sur son camescope par le malheureux utilisateur et gravés sur son DVD de salon. Résultat inattendu : même lorsqu'il grave ses propres vidéos sur son graveur de salon, il ne peut ensuite les utiliser sur son PC ou les dupliquer, ce qui, avouons le, est pousser un peu loin la limitation de la "copie privée". Autre problème potentiel, en cas de panne définitive de son graveur de salon et de l'achat d'un nouveau, l'utilisateur en question pourrait ne plus pouvoir relire ses DVD enregistrés, si son nouveau lecteur n'est pas compatible CPRM. Protéger les contenus est une noble idée, mais l'enfer est pavé de bonnes intentions...

Réflexions à la veille du nouveau débat sur les droits d'auteurs

A la veille du retour du projet de loi de Renaud Donnedieu de Vabres sur le droit d'auteur et les droits voisins, ce cas conduit à réfléchir sur les absurdités que risque de générer la dissémination massive des DRM dans la population. et ce ne sont pas les propositions "rassurantes" du ministre qui me rassurent. Ainsi le fait de donner droit à cinq copie d'un morceau de musique (pourquoi par 3, ou pourquoi pas 17) est en soit une absurdité. j'ai déjà 6 ordinateurs à la maison portable et fixes compris et l'un d'entre eux ne peux déjà pas bénéficier d'un accès à mes morceaux achetés sur l'Itunes Music Store. Avec l'arrivée de nouveaux périphériques musicaux, mais aussi la banalisation des terminaux portables et des réseaux à haut débit, cette limitation à cinq copies semblera bientôt moyenâgeuse.

Par le passé des moines ont tenté d'enfermer la connaissance et la culture dans des monastères. Je crains que les DRM ne soit qu'une version moderne de cet enfermement. Un enfermement assorti d'une perversion : mettre une clé numérique sur un contenu culturel, en change la nature et le transforme en une marchandise. Rien qui n'étonne vraiment, de la part d'une industrie musicale dont la capacité d'innovation se limite depuis plusieurs années à nous abreuver de compilations de Pop Star et Star Academy.

PS. : A l'heure où j'écris ces lignes le seul grand parti à l'origine favorable à la licence globale, le PS, par la voix de son premier secrétaire, a fait marche arrière sous la pression des artistes et de sa composante culturelle (entendez la tendance Jack Lang et Anne Hidalgo). Il abandonne ainsi en rase campagne les quelques 75 % des artistes interprètes français (source ADAMI), et ses députés qui avaient courageusement soutenu la licence globale optionnelle contre le système de flicage généralisé destiné à protéger les quelques privilégiés bénéficiant du système actuel soutenu par la SACEM. Entre culture et marchands du temple, jamais le fossé n'a été aussi grand...

janvier 23, 2006 dans DRM | Permalink

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» Les limites des protections à la copie privée from AlyBlog
Les exemples ridicules concernant les protections à la copie sont nombreux. Je me souviens, il y a quelques années, avoir acheté un lecteur/enregistreur miniDisc de la marque SONY. [Lire la suite]

Notifié le 26 jan 2006 10:21:31

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